Séropositivité : témoignage 2017

Un membre a souhaité « partager » de sa vie avec nous sur Plan Jus, expliquer un peu ce qui pour lui était « l’inéluctable », à savoir devenir séropositif puisqu’il aime particulièrement les lieux de drague et se faisait donc remplir plusieurs fois par semaines par de parfaits inconnus quand ce n’était pas lui qui les enfilait. Il connaissait les règles, il connaissait les risques, son témoignage est assez poignant car j’y ai beaucoup appris, j’espère que cela sera également le cas pour vous. La mise en forme (titrage) est totalement de lui, j’y ai juste ajouter les images qui ont été validé par ses soins (avant publication) mais les sous-titre sont là aussi de lui.

 

Décente aux enfers dans l’hôpital public…

 

Quand le SMIT demande à vous rencontrer suite à deux sérologies

Quand un dépistage revient positif, vous avez automatiquement droit à une deuxième sérologie pour s’assurer qu’il n’y a pas de « faux-positif ». C’est déjà là que je sentais bien que « ça puait », alors je demande à l’infirmière « pourquoi cette deuxième prise de sang ? ». Elle ne sut quoi moi répondre. « Quel est le résultat du précédent test ? ». L’infirmière ne voulait toujours pas me répondre. Il s’agissait au départ d’une sérologie « de routine » au sein d’un service hospitalier dans lequel j’étais admis pour un tout autre problème.

Les jours passent… Mais pourquoi aucun médecin dans ce service ne veut me répondre et me demande « d’attendre » ? Une sérologie, cela prend 24H, non ? Et bien, il faut savoir que certains de nos chers médecins (et nos ami(e)s infirmier(e)s) n’ont parfois absolument pas le courage de vous répondre et utiliseront tous les prétextes possibles pour se débarrasser de la mauvaise nouvelle à annoncer. On tue le messager d’une mauvaise nouvelle dit si bien le dicton… J’étais entouré de plusieurs médecins et infirmières de différents services tous les jours, tout le temps, mais aucun n’avaient de réponses à mes interrogations et de mes craintes… Alors, on refile « le bébé » au SMIT, le Service des Maladies Infectieuses et Tropicales.

Beaucoup prétexteront plus tard que c’était au SMIT d’annoncer cette nouvelle, car « ils sont formé à cela ». Et pas les autres médecins ? Un chirurgien découvrant une tumeur pendant une opération refilera le bébé à un oncologue quitte à vous laisser de nombreux jours sans réponse ? Non. Ces médecins et infirmiers étaient lâches et ont créé une immense souffrance car en gros, passer plusieurs jours à se dire « si j’ai de la chance, c’est la chaude pisse, si j’ai pas de chance c’est l’hépatite ou le VIH », je ne vous raconte pas la gueule des journées et de la rancœur que l’on peut avoir pour ces agents des services hospitaliers qui viennent vous voir toutes les heures pour ne rien vous apporter d’autre qu’une bouffe infecte et toujours plus de peur en se défilant comme ils peuvent de la question embarrassante.

Donc on y va, rdv pris, c’est le SMIT qui prend en charge (après plusieurs jours d’attente interminable).

 

 

Le SMIT : un service surchargé

Au SMIT, ça bouge, il y a du monde, que ce soit côté patient ou dans le personnel. C’est le seul service qui se rapproche le plus de ce que l’on voit dans les séries TV américaines comme « Urgence ». Même nos « urgences » sont nettement plus paisibles avec moins de personnel bougeant dans tous les sens. Le SMIT, on sent bien que c’est un service qui vit et c’est ce qui le rend assez effrayant quand l’on s’y rend pour la première fois. Et puis il y a tous les écriteaux pour vous parler de l’Ebola ou de je ne sais qu’elles autres maladies que les moustiques peuvent vous refiler selon l’endroit où vous aller. Alors on se rassure en se disant que si la salle d’attente est aussi pleine et l’accueil aussi débordé, c’est parce que les gens sont là pour des vaccinations car ils vont à l’étranger… On fait comme l’on peut pour se calmer l’esprit sachant que la réponse fatidique va arriver.

Des jours entiers et de longues nuits à désespéramment vouloir connaître ce que je pouvais avoir contracté, et me voilà maintenant apeuré de connaître la nouvelle qui arrivera sous peu. Impossible de faire machine arrière, c’est là que dans sa tête l’on commence à imaginer sa vie être totalement bouleversée.

 

Le service hospitalier le plus incroyable que j’ai connu !

 

Annoncer une séropositivité : tout un métier ?

« Bonjour Monsieur.

_ Bonjour docteur.

_ Je vous fais venir aujourd’hui car nous avons eu les résultats de deux sérologies, et elles sont revenues toutes deux positives pour le VIH… »

(2 à 3 secondes s’écoulent, le médecin reprend alors.)

« Est-ce une totale surprise pour vous ou est-ce que vous vous y attendiez ?

_ Je m’y attendais, ce n’est pas une grande surprise, j’ai beaucoup de pratiques sexuelles sans capote. »

Je me rappellerais toujours le regard de ce praticien du SMIT qui n’a émit dans ses yeux ou dans sa gestuelle le moindre jugement. Alors, est-ce qu’on l’a formé spécialement pour dire ces choses simples et à agir aussi professionnellement par rapport à tous ses autres confrères (une ribambelle de pas moins de 10 praticiens sur plusieurs services à mes soins tous les jours !)  ? Je reste persuadé que beaucoup de médecins en France sont de profonds lâches, et ce qui va suivre me conforte encore dans cette idée…

 

Une pinte de mon sang, mais pas plus SVP… 

 

L’annonce est tombée : je suis séropositif

J’aurais préféré une bonne vieille chaude pisse, mais j’ai également eu le soulagement sur le moment de ne pas avoir eu l’annonce d’une hépatite. Le médecin reste alors calme, me laisse digérer l’annonce et me dit alors d’un ton très doux :

« Nous sommes en 2017, la médecine a beaucoup évoluée. Certes, nous n’avons pas encore le vaccin, nous ne pourrons vous guérir, mais vous aurez une vie normale avec un traitement simple qui consiste en une prise par jour d’une simple pilule. Votre espérance de vie ne sera pas plus faible que celle d’un autre. Vous ne serez plus « contaminant » après 4 à 6mois du traitement. Connaissez-vous déjà le VIH, la différence avec le SIDA, comment tout cela fonctionne en gros ? Avez-vous la moindre question ? »

Je suis barebackeur (étais ?) et je connais très bien le virus ainsi que le syndrome qui l’accompagne. Mais j’avais encore en tête le film « Philadelphia » avec Tom Hanks et je m’imaginais déjà devoir prendre à vie des dizaines de pilules par jours, tomber malade en permanence et finalement avoir une espérance de vie de 10 à 20ans. Et bien non, rien de tout cela, je n’étais finalement pas bien informé du tout sur le VIH. Honte à moi.

 

Tellement poignant que l’on en oublierait que nous en sommes aux années 2010 passées

 

Le SMIT : vraiment tout un savoir faire

Le médecin prendra vraiment « tout son temps ». Je me suis rendu compte que je n’avais finalement pas tant que cela de questions et que je m’en remettais entièrement « à la science ». Tri-thérapie, pour moi cela signifiait obligatoirement 3 médicaments. Et non, perdu. Je pensais devoir avaler des tonnes de gélules, me suis dis qu’il devait même y avoir une application pour Android et Iphone pour rappeler les heures de prises des médicaments. Vivre normalement… Ne pas avoir une espérance de vie moindre, juste prendre sa pilule tous les jours et vivre. Le médecin ayant répondu à toutes mes questions (et s’étant même amusé du fait que je parle de Philadelphia qui n’est vraiment plus d’actualité) passe la main à l’infirmière.

L’infirmière, elle m’a pris tout plein de mon sang ! Ok, je le dis d’un ton enfantin, mais il faut dire que ces spécialistes des maladies infectieuses ont effectivement un don pour vous mettre à l’aise. Donc prochaine étape, on envoi tout plein de mon sang dans un labo d’une grande ville pour connaître le génotype du VIH que j’ai contracté. Le risque de « sur-infection » avec des souches différentes, je connaissais, mais apprendre que le traitement que je recevrais sera spécifique à la « souche » de mon virus, ça je ne le savais pas possible, je pensais que nous « les séropos » avions tous le même traitement de « tri-tep ». Alors oui, il y a eu un nombre incroyable de ces petites fioles contenant mon sang désormais contaminées par ce que les « néophytes » appellent le SIDA. L’infirmière et le médecin était au final content  de faire le constat que je connaisse bien la différence entre VIH/SIDA et que je ne dise pas « j’ai le virus du SIDA ». Enfin quelqu’un qui comprend s’est peut-être dit la praticienne, alors pourquoi prendre des risques et l’avoir « chopé » si l’on est informé des risques ?

 

On passe aux choses sérieuses…

 

Les questions qui fâchent ?

Je n’ai pas eu droit au « pourquoi avoir des relations sexuelles sans capote ». J’ai même eu droit à l’inverse et sans question : « il y a effectivement de très nombreuses personnes qui n’arrivent à s’adapter au port du préservatif ». Aucun jugement, aucune mimique. Un praticien remarquable. C’est à ce moment là que j’ai eu encore plus de rancœur envers tous les autres qui m’ont laissé « moisir » dans leurs services sans vouloir m’annoncer ma séropositivité. Des lâches je vous dis… Mais il y aura quand même les questions qui fâchent :

  • Avez-vous une idée du partenaire qui vous a infecté ? Il faudrait peut-être lui expliquer que lui aussi pourrait être non-contaminant.
  • Etes-vous en couple ? Il va falloir l’annoncer à votre partenaire et qu’il/elle fasse un dépistage (le médecin se moquant éperduement du fait de savoir si je suis homo, bi ou hétéro, chose que j’ai particulièrement appréciée).
  • Avez-vous couchez récemment avec d’autres personnes ? Si vous avez un moyen de les contacter, il serait préférable de leur demander de faire un dépistage quitte à passer directement par nous, tout sera anonyme.
  • Pensez-vous annoncer votre séropositivité à votre entourage ?

 

Annoncer sa séropositivité…

Alors là, le praticien ne prend plus de gants : fini la gentillesse et les discours rassurants du type « vous avez attendu dans une salle d’attente bondée, pourriez-vous dire qui est séropositif ? Bien sûr que non car un séropositif est une personne « normale » ! ». Là ça va taper dure, et c’est sur cette dernière question : annoncer sa séropositivité.

« Une fois que c’est dit, c’est dit, plus de machine arrière. Vous l’annoncez, c’est terminé. Sachez que l’annoncer par exemple à un dentiste peut même l’amener à refuser de vous soigner une carrie, ça s’est vue et ça se voit encore malheureusement trop souvent. Même dans le corps médical vous aurez droit à des personnes qui mépriseront votre séropositivité, alors réfléchissez à qui vous allez l’annoncer. Votre famille, vos amis, vos collègues, vos praticiens ? Réfléchissez-y car il n’y aura plus jamais de machine arrière possible une fois la nouvelle annoncée ! ».

C’est là que j’ai repensé à ces médecins et à cette aide-soignante qui faisaient ses premières prises de sang trembler devant ma question « quel est le résultat de ma sérologie ? ». Des lâches, des trouillards. Je comprenais pourquoi cette aide-soignante qui avait fait sur moi sa première prise de sang « trembler » pour la seconde du lendemain à m’en faire mal quand la veille c’était passé comme dans du beurre. Et oui, même des médecins et autres personnels de la santé ont une peur bleue du VIH. Alors, est-ce qu’on les forme ? Est-ce qu’ils ont évacué comme je venais de le faire cette image terrifiante du SIDA d’il y a 30ans en arrière avec Philadelphia (et d’autres films ou séries TV) ?

Pour moi la chose claire est d’annoncer ma séropositivité que quand cela est nécessaire, et l’annoncer à ma famille était plus délicat. Alors je l’ai appris à ma mère (qui évidemment confond SIDA et VIH) et c’est là que tout part en couille. D’un homme vaillant en pleine force de l’âge je passe au statut « d’un malade », de quelqu’un de fragile qui va mourir et pourrait tuer. C’est le paradoxe : me voilà devenu une machine à tuer, ce qui est censé être viril comme si j’étais un Terminator ou un Sylvester Stalone ! Et oui, je peux « tuer » selon certain. Alors non, je ne tuerais personne et l’infirmière me reprécisa bien que sans le traitement et un bon délai d’attente de 6mois (par précaution), je suis contaminant et que c’est capote obligatoire ! J’ai préféré l’abstinence même si j’ai eu de nombreuses relances de mecs voulant se faire plomber. C’est dingue comment « un séropo bareback » et contaminant peut avoir comme « touches » sur les sites de rencontres gay ! Je préfère donc l’abstinence. Je ne veux contaminer personne. Voulais-je être contaminé ? Non, mais j’ai joué en connaissance de cause avec les règles du nokpote.

 

Oui, j’ai bien eu droit aux réactions connes du genre « tu as le SIDA ? ». On est en 2017 bordel…

 

Etre séropo : une délivrance ?

Les jours suivant, je n’ai plus bien compris mon raisonnement : j’ai donc le VIH, je vivrais comme n’importe qui (donc bien) en prenant une seule pilule par jours, je ne serais plus contaminant… Mais c’est une délivrance pour un barebacker ! Et bah non, car il y a la sur-contamination et puis les autres IST et MST. Les gentils champignons aux couilles et les verrues au cul, j’ai déjà donné ! Alors je reprend un apprentissage : je me branle avec des capotes, je test des marques, des tailles… Bon, pour le moment, Manix en taille XXL ça passe à peu près, mais baiser avec ça ne me fait toujours rien, et puis quand je suis passif ça ne rentre pas avec ! Rien à faire, je suis un barebackeur, j’aime le nokpote, en actif ou en passif. Je ne suis pas délivré du préservatif ni même du barebacking. Je suis juste délivré du fait que « je suis séropo », c’est fait. Est-ce qu’alors le trip contamination et la prise de risque me feront encore bander ? Pas vraiment non… Pas envie de choper une hépatite et pis les champignons et verrues, ça gratte ou démangent sévèrement !

 

Aucune distinction entre un virus/syndrome : la prévention française fait toujours penser qu’il y a un « virus du SIDA » en 2017…SIDA, ça parle plus et fait peur. VIH, c’est plus compliqué, ça fait moins peur, ça fait plus Dr House que Jean-Pierre Pernaut.

 

 

 Ma conclusion bien à moi que je vole à un autre

Le tenancier du site Bbackzone (alors précurseur en France quand Plan Jus n’existait pas) rappelait dans un édito que BAISER NOKPOTE = DEVENIR SEROPO. Aucun débat, aucune chose à ajouter. Baiser nokpote, être barebacker, c’est accepter le fait de le devenir. Cela peut tomber en 1 seule fois comme durer 20ans sans le contracter, mais multiplier les rencontres et se prendre du jus dans le cul ou enfourner sa bite dans le trou de n’importe qui sans préservatif vous conduira forcément à être séropo. 

C’est ma vision, je connais les règles. Je suis une personne séropositive et vivement que je ne sois plus « contaminant » mais qu’entre temps je m’habitue au port de la capote car je n’ai plus cette envie de risques qui m’ont fait tellement bander pendant plus de 2 décennies. Plus de 20ans à baiser à gauche et à droite sans retenue, avec n’importe qui, n’importe quand, n’importe comment. Je le regrette ? Non, sauf peut-être pour cette fois de trop et pour certains, cela peut-être dès la première fois…

 

// Reprise de l’admin Plan Jus

J’ai beaucoup appris de cet échange qui s’est transformé (à ma demande) en un article sur le site. Je suis personnellement séronégatif à ce jour, continues de me faire dépister régulièrement, mais tout comme notre ami, je connais les règles du jeu et elles sont froides, dures : baiser nokpote = séropositivité tôt ou tard ou autres saloperies.

J’ai quand même dû « négocier une censure » de sa conclusion qui était particulièrement véhémente envers les services hospitaliers publics « hors SMIT ». Ce témoignage est effroyable quand l’on comprend que dans le corps médical il y a de nombreuses et de nombreux praticien(ne)s qui ont une frousse incroyable d’annoncer une séropositivité quand ils annoncent à longueur de journées des cancers et autres maladies qui réduisent radicalement votre longévité. La séropositivité (ou le SIDA pour les incrédules) serait encore une maladie « honteuse » ou trop délicate à annoncer ?

Alors, pour la partie censurée, notre ami voulait taper sur ces services où il y a toujours « un con de tatoué de haut en bas aux gros bras qui se la joue bogosse », qui est le plus souvent l’aide soignant et donc avec le taf le moins désirable mais qui passe ses journées à courir après ses collègues féminines tout en méprisant les patients (et elles aiment cela !). Ne faisons pas de son cas une généralité qui coïncide quand même avec ce que l’on voit dans « Urgence » et les autres séries (tatouages en moins bien sûr pour ne pas choquer la ménagère de plus de 50ans !).

 

En mon nom et donc au nom de Plan Jus

Vous avez forcément un SMIT dans votre département. Vous avez vos médecins généralistes, des dispensaires pour des dépistages anonymes, etc. Il n’y a aucune excuse pour ne pas se faire dépister anonymement, être traité convenablement et avec bienveillance par des spécialistes. Les SMIT semblent réaliser un travail remarquable et nous les en remercions, ainsi que pour tous les praticiens qui ont le courage d’exercer avec honneur et empathie. 

Je déplore l’utilisation abusive du terme « SIDA » qui fait trembler dans les chaumières lors des campagnes de préventions, mais je vous donne ici de quoi lutter contre le VIH et apporter votre aide à la science et à la médecine (donc à nous), et paradoxalement je vous propose le SIDACTION

 

 

Et puisque je parlais de paradoxe, je vous propose pour vous informer plus en détail le site « les-bons-reflexes.org » qui est « la plateforme prévention SIDA » quand on regarde son logo tout en haut à gauche mais qui pourtant a bien arrangé son discours pour parler VIH et non plus SIDA :

 

Super bien fichu pour vous renseigner et vous orienter localement, je vous le recommande.

 

 

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